Roman « Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie Otsuka

Entre 2 coups de patate, je bouquine. Et je me dis alors pourquoi ne pas partager avec vous mes lectures.

Je commence par mon coup de cœur de cette année, « Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie Otsuka.

Le roman parle d’un fait historique méconnu et non médiatisé. Au début du XXième siècle, des japonaises embarquent pleines d’espoir pour les USA, où les attendent des maris, qu’elles ont épousé sur la base d’une photo. A l’arrivée, les attendent de longues et dures journées de labeur au champ, des déceptions et des désillusions. Puis vient la guerre, le rejet, le racisme, jusqu’à leur expulsion, le silence, et l’oubli.

C’est un récit émouvant, emprunt de beaucoup de poésie, pur, digne, épuré, dépouillé de tout pathos ou épanchement inutile; reflétant à merveille la culture asiatique.

Et puis la technique de narration est originale. L’ensemble du récit est fait à la première personne du pluriel. Il n’y a pas de je, mais un « nous ». Un nous majestueux, solidaire, qui nous embarque et nous lie au destin commun de ces femmes. Leurs souffrances deviennent les nôtres, leurs voix résonnent au plus profond de nous. On se sent partie intégrante de leur sort.

A la fin du roman, j’ai sentie que c’étaient des sœurs qui m’avaient quitté !

Une auteure majestueuse, que je relirai sûrement.

Extrait

 » Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. 
Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes.
Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles.

Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté – hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint.
Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage.
Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour. « 

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