Tanjazz 2014, ou l’édition en fausse note !

Dans notre désert culturel, certains événements sont vitaux, comme des oasis fournissant les ressources et l’énergie nécessaires pour affronter la sécheresse prédominante.

Pour moi, le Tanjazz est un de ces événements là, une bouffée d’oxygène dans un pays où, l’attraction culturelle majeure est la contemplation de l’impressionnisme fessier féminin devant un noss-noss !

Emerveillée par l’édition 2013, j’attendais avec oreilles grandes ouvertes celle de 2014! Et quand j’appris qu’une artiste aussi exceptionnelle que Concha Buika serait de la partie, je frétillais comme une frite dans de l’huile brûlante !

J’appelle mon acolyte musical, Le Cousin, saxophoniste amateur, mélomane,  fan de jazz, et un fidèle du Tanjazz. « Présent au Tanjazz cette année ? »

« Je ne peux pas prendre de congé, j’ai du boulot»

« Pareil pour moi, mais il y a Concha Buika … et tu sais comme moi qu’une artiste du genre chez nous, c’est comme le passage de Vénus, ça a lieu qu’une fois par siècle »

« Je sais » me répondit-il de son ton spécial tu fais chier !

« Alors, si tu ne le fais pas pour toi, fais le pour tes gosses ! Comme toi tu dis, Mon Oncle a vu Miles Davis, ton fils pourra dire Mon Père a vu Concha Buika » dis-je de ma voix la plus convaincante

« Ok, mais on prend la route que samedi en début d’aprèm, je bosse le matin. Et on revient dimanche, je dois bosser Lundi. Puis il faut convaincre Ma Femme ! »

« Quuuuooooiiiiiiiiii ??? » hurla sa Femme. « Vous êtes dingues, vous êtes au courant que Casa – Tanger c’est 350km par autoroute ? On ne fera qu’emmener et ramener la route ! »

4 morceaux de Buika plus tard, la route lui parut plus courte qu’un trajet Ain Sebaâ – Sidi Maârouf.

Quand on lui parla du concept du Tanjazz;  de la qualité de sa programmation; du nombre de concerts par soirée (jusqu’à 9); du magnifique Palais Moulay Hafid; de l’esprit intimiste et convivial du Tanjazz; de nos souvenirs et bons moments de 2013; de l’absence d’espace VIP et de gamins; de l’accessibilité des artistes qui se baladent au milieu du public; La Femme commença à faire sa valise.

On vérifie le site web, on tombe sur ceci (lien : http://www.tanjazz.org/billets.htm)

Tanjazz

Nous prenons la route, nous speedons du mieux que nous pouvons, check-in express à l’hôtel et nous fonçons vers le lieu de festival.

Arrivés sur place, nous trouvons une foule formée devant une petite porte verte à moitié fermée.

Un moment, nous croyons nous être trompés de lieux. Non, ça ne peut pas être la porte du Tanjazz, il doit y avoir une erreur, c’est sûrement la porte d’un bienfaiteur distribuant gratuitement une « grimat » ou un quelconque autre passe-droit. A moins, que ce ne soit la porte d’un paradis exclusif, et jalousement gardé ultra-secret.

Nous demandons aux gens autour de nous, entendons des rumeurs, des bruits de foule, il n’y aurait plus de tickets !

Nous entendons aussi, la voix de Buika, comme un rappel narquois du régal que nous sommes en train de rater.

Du côté des organisateurs en revanche, c’est le silence radio. Aucune explication, aucune réaction, à part un « svp, les gens qui ont un pass ou un ticket à droite, et les autres à gauche ».

Je force le passage pour le devant de la foule, pour essayer d’en savoir un peu plus. J’aurais demandé de l’aumône en haillons, que je n’aurai pas eu de réaction plus hautaine.

J’ai envie de leur crier « mais je ne demande pas de faveur bordel de merde, je ne fais pas la manche. Je fais partie du public, les clients de ce festival, et je veux juste savoir si je dois attendre pour payer ce ticket ou me casser ! »

J’aperçois un mec avec un badge, je refoule ma colère, affiche un sourire et une gentillesse de circonstance et vais vers lui. Il me dit qu’il y aura peut-être de nouveaux tickets à partir de 22h.

Nous patientons, debout sur le trottoir, observant la porte verte mi-close du saint-graal. La voix de Concha Buika ne nous parvient plus. Le concert a dû s’achever. Une phrase nous parvient « la seule manière est d’appeler M. Morin (le Président du Festival)».

22h00, toujours rien … pas d’explication, pas de communication, « svp, laissez passer les gens qui veulent sortir », martèle la gardienne du saint-graal. Dégoutés, nous décidons de partir. D’autres ont attendus jusqu’à 23h, soit plus de 2 heures, pour s’entendre dire, que finalement, il n’y aura pas de tickets. Porte close, rebroussez chemin !

Le lendemain, un texte sur l’expérience Buika, est publié sur la page Facebook TANJAzz | Festival de Jazz de Tanger Maroc (Officiel).

Mais toujours pas un mot sur l’expérience Non Buika, sur TANJAZZ sans le Jazz. Pas un mot sur « les autres à gauche », qui ont fait le déplacement de plusieurs villes du Maroc, attendu des heures, pour rien.

Et puis Lundi, ces quelques lignes sur la même page Facebook :

 » l’équipe TANJAzz présente ses plus sincères excuses à tous ceux qui, arrivés tardivement pour le concert du 13 Septembre, n’ont pu se procurer de billet d’entrée. La mise en place d’un point de vente à Casablanca est à l’étude. »

C’est quoi « arrivés tardivement » pour une soirée où les concerts durent jusqu’à  4h du matin ? C’est quoi « arrivés tardivement » pour un festival où les organisateurs vous assurent que vous pouvez venir à n’importe quelle heure ?

A quel moment les places qui « ne sont pas limitées » sont devenues limitées ? Où est l’astérisque de « vous n’aurez pas de problème pour vous procurer un pass ou un billet sur place » ?

Sur ça, toujours pas un mot. « svp, les gens qui ont un pass ou un ticket à droite, et les autres à gauche ».

Cette édition se voulait être un hommage aux légendes d’hier et de demain. Manifestement, le public n’en fait pas parti, et est passé à la trappe.

Tanjazz 2014, ou quand une bouffée d’oxygène tourne à l’asphyxie par monoxyde de carbone !

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