Ce refrain récupéré

Très cher(e) ami(e),

Armé de ta meilleure intention, tu voudras peut-être me souhaiter bonne fête demain. Ta délicatesse te suggérera peut-être même de m’offrir une rose. N’en fais rien. Abstiens-toi de tout présent, et épargne-moi cet affront.

Avec ta moue la plus ébahie, tu dois te demander « mais pourquoi donc ? »

Vois-tu très cher(e) ami(e), je ne suis ni un fléau à combattre, ni une maladie à guérir. Je ne suis ni un phénomène social, ni un fait historique à commémorer.  Je suis une femme, et mon genre représente 50% de la population mondiale.  Je suis un être humain, dont les droits sont quotidiennement violés. Je suis un être libre que beaucoup veulent cagouler.

Certaines de mes congénères pensent que c’est notre fardeau pour être nées dans le « sexe faible ». D’autres diront que tout est de la faute des hommes, nos bourreaux. Moi, je crois fermement que nous femmes, sommes nos propres bourreaux.

Nous sommes nos propres bourreaux quand nous ne sommes pas solidaires entre nous.

Nous sommes nos bourreaux quand nous acceptons nous-mêmes d’exciser nos filles.

Nous sommes nos bourreaux quand nous, mères, élevons nos garçons à être de futurs machos.

Nous sommes nos bourreaux quand, nous, belles-mères, sommes les critiques les plus virulentes de nos belles filles, qui ne seront jamais assez belles, assez bien élevées, assez bonnes cuisinières, assez préservées ou assez soumises envers nos fils.

Nous sommes nos bourreaux quand nous, belles-mères, sommes complaisantes et reconnaissantes envers nos gendres, parce qu’ils nous ont fait la faveur et le privilège de se marier avec / nous débarrasser de nos filles.

Nous sommes nos bourreaux quand nous considérons que dans un mariage, c’est forcément la femme qui est chanceuse d’avoir trouvé un mari, parce que le mâle n’est pas critiquable (le fameux الراجل مكيتعابش).

Nous sommes nos bourreaux quand nous recousons nos hymens, pour ne pas être rejeté par un mâle au passé sexuel bien chargé.

Nous sommes nos bourreaux quand nous acceptons qu’un homme nous dicte sa loi.

Nous sommes nos bourreaux quand nous traitons facilement d’autres femmes de putes, oubliant que nous aussi avons eu nos folies de jeunesse.

Nous sommes nos bourreaux quand nous acceptons d’effacer nos corps dans des burkas.

Nous sommes nos bourreaux quand nous acceptons d’être chosifiées en objet sexuel dans les clips musicaux.

Nous sommes nos bourreaux quand nous acceptons avec le sourire, le ridicule cadeau de nos employeurs, oubliant que ces mêmes employeurs, à compétences égales, nous paient moins que messieurs les mâles, nous écartent des conseils d’administration, et freinent nos carrières si nous tombons enceinte.

Nous sommes nos bourreaux quand nous pensons que les valeurs masculines sont supérieures aux valeurs féminines.

Nous sommes nos bourreaux, quand pour louer la force et le courage d’une femme, nous la traitons d’homme.

Nous sommes nos bourreaux, quand nous pensons qu’être féministe est synonyme de vieille fille frustrée et hystérique.

Nous sommes nos bourreaux, quand nous acceptons que chaque année, on nous rabâche le même refrain sur notre condition, sans rien faire le reste de l’année.

En revanche, très cher(e) ami(e), pour me rendre hommage, je te suggère de réserver tes vœux et ta rose, pour la commémoration de ce jour spécial qui m’a vu naître, le 21 Décembre.

 

P.S : si toi, lecteur fidèle, tu as une impression de déjà lu, tu peux te féliciter de ta mémoire. Ce post est, mot pour mot, 97% identique à celui de l’année dernière sur le 8 Mars. N’y vois là point une quelconque paresse très cher lecteur. Mais pourquoi devrai-je m’évertuer à chercher un nouvel angle, alors que chaque 8 Mars, nous avons droit au même refrain ?

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