I am a cha3kouka girl !

C’était un dimanche après-midi, j’étais dans un salon de torture capillaire, quand une petite tête bouclée, aussi haute que ma hanche, s’installa dans le fauteuil voisin. Je l’avais déjà croisé auparavant dans ce même salon. La coiffeuse me confirma que c’était une habituée, sa maman l’amenant chaque dimanche après-midi pour lui lisser les cheveux, et l’insérer dans le moule de beauté ambiant.

Moule auquel je ne corresponds pas non plus. Moi aussi je suis une tête bouclée, même si je ne l’ai découvert que très tard. C’est que ma mère avait les mêmes standards de beauté que le moule. Petite, elle ne m’emmenait pas au salon de coiffure, mais après chaque lavage, elle me brossait douloureusement les cheveux, s’entêtant à faire chuter un tif qui n’en a que faire de la loi de gravité. Alors forcément, après chaque séance de peignage, c’était le big bang capillaire.

Puis ma tante a pris ma tête entre ses mains pendant un petit peu plus d’un an, avec plus de clémence. Toujours pas de gambadage en l’air de la bouclette, mais de l’affection et des soins à base d’œufs et d’huile de ricin, associés à un ferme et beau matage à coup de coiffures tressées.

J’ai fait mon premier assouplissement à l’âge de 14 ans. Pas assez fort pour assommer la bête. Alors j’ai fait mon premier défrisage à 14 ans et des poussières.

Et depuis, c’est une longue histoire passionnelle en 2 temps. Un temps  pour la guerre, la haine et les grosses méthodes répressives. Et un temps de répit et de laisser aller. Surtout quand j’étais en mood rébellion et fuck the system. Je ne suis jamais allé jusqu’à composer une ode lyrique à la gloire des mille frisettes de ma crinière, mais j’ai souvent porté ma touffe durant ces périodes comme un lourd fardeau infligé par l’injustice de ce monde. Ces périodes m’ont valu plusieurs moqueries dans la rue, ainsi que plusieurs surnoms, Roi Lion, Valderrama, Chubaka, … et j’en passe.

Puis, quand les refrains hard-rock me lassaient, armée de séchoir, je partais au front. Généralement, cela se manifestait quand j’étais en mood « je veux plaire aux garçons ». Et des guerres capillaires, j’en ai mené un certain nombre durant ces périodes.

Il y a d’abord eu la castration par une coupe garçonne. 2 semaines sexy, 2 mois de désordre, 15 mois de Jackson 5 style, le temps que ça repousse et que mes boucles cessent de faire le poirier.

Il y a eu aussi un nombre incalculables de brushings. Les plus extrêmes datent de ma phase lycéenne fauchée. Parce qu’à 25 balles le brushing, la coiffeuse du salon Jamila Erraha n’était pas spécialement motivée pour muscler ses biceps en maniant mes capi-haltères. Elle préférait me faire une mise en plis d’une heure sous le casque, avant d’entamer le repassage. En ajoutant le temps d’attente, le tout me prenait jusqu’à 3 heures. Au bout d’un moment, j’avais décidé que j’avais de meilleurs desseins pour ces 3 heures dominicales.

Il y a eu aussi le défrisage pour « bébés africains ». Le produit s’appelait Dark & Lovely. Sauf que sur moi, ça a donné cuir chevelu cramé.

Il y a eu aussi l’Extenso. Résultat détendu, mais repassage nécessaire. Bof.

Puis, il y a eu le fameux lissage brésilien. J’ai d’abord cru au Graal du tif, avant de déchanter. Effet durant 2 à 3 mois maximum, pellicules, cheveux poisseux, et surtout risque de cancer. J’ai décidé que le cancer du poumon me suffisait. Inutile de tenter un deuxième.

Il y a eu aussi la kératine bio. Bilan, irritation du cuir chevelu, 1000 balles de traitement chez la dermato, et 4000 balles de cure aux huiles essentielles. Cela fait cher le pressing. Alors, j’ai dit stop!

Et puis, il y a eu ce jour, où je me plaignais de ma crinière de lionne auprès d’une amie, une bouclette de catégorie poids plume.  Je lui débitais mon fardeau « ils sont capricieux, se lassent vite de n’importe quel produit que je leur applique et n’ont font qu’à leur tête »; quand elle me regarda droit dans les yeux et me lança, « parce que toi tu écoutes les règles? ». Je compris à cet instant que mes cheveux rebelles n’étaient que mon reflet, une extension de mon être et de ma nature, refusant de se lisser dans un moule, et tenant à être libre de défier les règles de la gravité ou de la société!

J’ai décidé alors de faire la paix avec ma cha3kouka. Je ne veux plus la mater, mais plutôt apprendre à l’aimer, à en prendre soin, et à la mettre en valeur. Peut-être que je plairais moins aux garçons, mais au fond, qu’est-ce que je ferais avec un mec qui rejetterai ma nature?

So, let’s be a Cha3kouka Girl!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s