Les bébés de la consigne automatique, de Murakami Ryû

J’ai pioché ce livre au hasard, attiré par sa joyeuse couverture et mon envie de découvrir un auteur japonais, au grand étonnement de mon libraire. « C’est très spécial vous savez » me prévient-il. « Je prends le risque », répondis-je. Oui je suis une aventurière littéraire très attirée par cette couverture ludique, colorée et déjantée.

Dès la première ligne, je comprends que toute la lumière et les couleurs de l’ouvrage s’arrêtent à sa couverture. «La femme appuya  sur le ventre du bébé et prit le petit sexe dans sa bouche. Il était plus fin que les cigarettes mentholées qu’elle fumait d’ordinaire, et avait un goût de poisson cru ».

Hashi et Kiki sont deux bébés abandonnés dans une consigne de gare. Ils passent leur enfance dans un orphelinat, puis se font adopter par un couple, avant de se faire rattraper par leur recherche identitaire. Le premier passe de prostitué à rock star, et le deuxième, champion de saut à la perche, se retrouve en prison pour parricide.

« Chaque fois que je vois une mendiante ou une vagabonde, ça me fait un coup au cœur, je me demande si ce n’est pas la femme qui m’a mis au monde. Quand je vois cette petite vieille malpropre, toujours seule, qui mendie des restes de riz, et son regard servile, ça m’est insupportable. Je me dis que c’est sûr que ma maman doit être malheureuse comme ça puisqu’elle m’a abandonné, hein, elle ne peut pas être heureuse avec un crime pareil sur la conscience, quand je vois une vieille comme ça, en même temps j’ai envie de la serrer dans mes bras et de l’appeler maman, mais peut-être aussi que si c’était vraiment ma mère, je la tuerais »

Au fur et à mesure de la lecture, on plonge dans un univers cauchemardesque, apocalyptique, de plus en en violent. Pas de fin heureuse. Aucun espoir de fin heureuse. Victimes et pures à leur naissance, les protagonistes deviennent bourreaux. Pas assez de psychologie des personnages pour susciter notre empathie. Que de la violence. Une violence froide et mécanique.

« Puis la ville recouverte de cendres magnifiques, des enfants ensanglantés déambulant dans les rues, au milieu des chiens sauvages, des vautours et de la vermine. Ces images le libérèrent, le délivrèrent de la vision de lui-même enfermé au cœur de l’été dans une horrible boite sombre et étroite. Comme un serpent qui mue, sa vieille peau partait en lambeaux, la carapace se brisant, des souvenirs profondément enfouis ressurgissaient. Les souvenirs d’un été, dix-sept ans plus tôt. La force qui avait soutenu ce bébé hurlant de toutes ses forces, luttant contre l’atroce chaleur étouffante du casier de consigne, cette force commençait à ressurgir du tréfonds de lui-même. Il se rappelait la voix qui l’avait encouragé à survivre, et cette voix disait : Tue, tue, détruis-les tous ! Cette voix résonnait à nouveau, en arrière-plan du brouhaha de la ville en contrebas avec ses minuscules silhouettes, ses voitures comme des jouets miniatures. Tue, tue, détruis, détruis-les tous ! Tu ne veux pas devenir une momie sous un drap rougi de sang ? Alors détruis, encore et encore, réduis cette ville en cendre »

Plusieurs fois j’ai jeté le livre me demandant pourquoi je m’infligeais une telle torture, pour replonger encore plus profondément dans ce chaos obscur. Une lecture difficile, tortueuse, mais impossible de l’abandonner avant d’en venir à bout.

L’écriture est superbe. Pourtant, je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre, ni que je ne l’ai pas aimé. Une de mes lecture les plus intrigantes et les plus dérangeantes, que je relirai certainement une deuxième fois !

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