Les meilleurs ennemis #1

Je marchais sur la plage, à la recherche d’un palmier pour m’abriter, quand j’entends « hey, the moroccan girl ». Incroyable, c’est la chilienne rencontrée dans le bus, entourée de mâles, qui auraient tous réussi le casting d’Alerte à Malibu, haut les pectoraux. Un rêve de série B. Alors, quand elle me propose de les rejoindre, je dis si, si et si !

La majorité a le drapeau tatoué sur le muscle, canadiens anglophones. Tant pis, ils devront supporter mon anglais parsemé de mimes, sur fond de r franco-gerrouate, et moi, je dois trouver un autre brise glace que le classique « where are you from ? ». J’essaie d’intégrer la discussion du groupe. Ça parle de lunettes de soleil, et de bide ! J’avais oublié que l’intérêt majeur d’Alerte à Malibu était les secousses du melon ! Trop ennuyeux !

Je me retourne vers mon voisin de droite, grand musclé, tatoué, cheveux longs, yeux gris, canadien parlant français, accent à croquer, discussion à somnoler ! 10 ans plutôt, je me serai sûrement pâmée devant l’image en déclenchant la commande mute. Mais je deviens de plus en plus auditive. C’est dommage de croiser son fantasme 10 ans après la date de péremption. Trop tard mon coco !

J’observe mon voisin de gauche. Différend des autres, non tatoué, charmant sans avoir cette beauté stéréotypée du blond aux yeux clairs, un regard profond, un sourire qui roule des r. J’entends qu’il n’est pas anglophone.  Son r guerrouate m’intrigue, serait-il arabe par hasard ?

Il a un air détaché des autres. Il doit être vingtenaire, l’âge où la vie sociale est encore une fin en soi. L’âge où on n’est pas encore ami avec soi, où on ignore encore quelle merveilleuse compagnie on peut-être pour soi-même. Je perçois sa future solitude, pas celle que l’on subit, mais celle dont on se pare comme arme ultime de liberté. Nos regards se croisent, on échange un sourire, il devine que je l’ai capté.

Nous parlons du Vietnam, de nos expériences, de notre amour pour la Thailande. Notre ressenti s’avère être le même, teinté d’une fine nuance orientale, que seul un autre oriental peut percevoir.

Ma curiosité s’impatiente, au diable la politesse, je lui coupe la parole :

– « Where are you from ? »

– « Israel and you ? »

– Malaise « Morocco »

– Il me sourit « so, we are enemies? »

– Rire gêné « no we are not »

– “That’s true. Our community loves a lot the king Hassan II. He made a lot for us”

– Je dégaine mon jingle publicitaire du Maroc tolérant “Yeah, Moroccan people doesn’t have any problem with jewish people, and lot of Moroccans are jewish. Excuse me I’ll go to swim”

La suite : Les meilleurs ennemis #2

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