Mille soleils splendides

Voilà au moins 2 ans que j’ai lu Mille soleils splendides, un superbe roman afghan écrit par Khaled Hosseini. Et c’est le récent drame dont a été victime Farkhunda qui m’a incité à m’y replonger une seconde fois.

Pour ceux qui ont raté l’info, Farkhunda est une jeune afghane qui a été lynchée par la foule, qui l’accusait (à tord) d’avoir brûlé le coran. Lors de son enterrement, les femmes ont outrepassé la tradition en portant son cercueil (plus d’informations ici).

Avant la lecture de ce roman, l’Afghanistan représentait pour moi une grotte où Ben Laden a longtemps joué cache-cache avec les américains. Une grotte où vivaient des primates barbares et des femmes qui acceptaient de se cagouler avec une burka. Une grotte lointaine, d’un autre temps, d’une autre dimension. Une grotte avec des mœurs qui me scandalisaient mais qui ne me touchaient aucunement.

Puis, le récit de Khaled Hosseini m’a happée, a empoignée mes tripes et m’a fait chavirer avec l’histoire de Mariam, une « harami » (bâtarde) mariée de force à un homme violent.

C’est vrai que le style limité de Khaled Hosseini est frustrant par moment, surtout au début, car l’histoire prend rapidement le dessus, estompant la moindre faiblesse du roman. Surtout que c’est un roman extrêmement bien documenté, retraçant l’histoire afghane sur les 40 dernières années.

La lecture de ce roman m’a permis de me faire une petite idée sur comment on peut passer de la mini en 70 à « la burka ou la vie » aujourd’hui.

Les références historiques permettent de retracer le déroulé d’un pays; qui as certes toujours été conservateur, mais où cohabitaient voilés, dévoilés, femmes en burkas; et qui a un jour basculé vers l’horreur de ces lois (extrait du roman) :

« notre watan s’appelle désormais l’émirat islamique d’Afghanistan. voici les lois que nous allons faire appliquer et auxquelles vous obéirez :
tous les citoyens doivent prier cinq fois par jour. quiconque sera surpris à faire autre chose au moment de la prière sera battu. 
tous les hommes doivent se laisser pousser la barbe. la longueur correcte est d’au moins un poing en dessous du menton. quiconque refusera de respecter cette règle sera battu. 
tous les garçons doivent porter un turban – noir pour veux scolarisés en primaire, blanc pour ceux des classes supérieures – ainsi que des habits islamiques. les cols de chemise seront boutonnés. 
il est interdit de chanter
il est interdit de danser 
il est interdit de parier et de jouer aux cartes, aux échecs et aux cerfs-volants.
il est interdit d’écrire des livres, de regarder des films et de peindre des tableaux
quiconque gardera des perruches chez soi sera battu et ses oiseaux tués
quiconque se rendra coupable de vol aura la main coupée. et s’il recommence, il aura le pied coupé
il est interdit à tout non musulman de pratiquer son culte en un lieu où il pourrait être vu par des musulmans, au risque d’être battu et emprisonné. quiconque sera surpris à essayer de convertir un musulman à sa religion sera exécuté. 
à l’attention des femmes :
vous ne quitterez plus votre maison. il est inconvenant pour une femme de se promener dehors sans but précis. pour sortir, vous devrez être accompagnée par un mahram, un homme de votre famille. si vous êtes surprise seule dans la rue, vous serez battue et renvoyée chez vous. 
en aucun cas vous ne dévoilerez votre visage. vous porterez une burqa à l’extérieur de votre maison. sinon, vous serez sévèrement battue. 
il vous est interdit de vous maquiller
il vous est interdit d’arborer des bijoux
vous ne vous afficherez pas avec des vêtements aguichants
vous ne parlerez que lorsqu’on vous adressera la parole
vous ne regarderez aucun homme droit dans les yeux
vous ne rirez pas en public. sinon vous serez battue
vous ne vous vernirez pas les ongles, sinon vous serez amputée d’un doigt
il vous est interdit d’aller à l’école. toutes les écoles pour filles seront fermées
il vous est interdit de travailler
si vous êtes reconnue coupable d’adultère, vous serez lapidée. 
écoutez bien et obéissez. » 

Ce roman a aussi contribué à me faire prendre conscience qu’aucun droit n’était acquis. La liberté tient à un équilibre fragile d’un conglomérat de paramètres, qu’une petite brise de fouet peut faire chavirer. Nous sommes tous dans le même bateau. Et tant que quelque part dans le monde, un être humain reste oppressé, notre liberté individuelle est menacée.

J’ai aussi apprécié découvrir une autre facette de l’Afghanistan, sa culture, quelques uns de ses coutumes et de ses plats typiques. Depuis la lecture de ce roman, l’Afghanistan n’est plus pour moi cette grotte moyenâgeuse, mais plutôt un beau pays qui traverse une tempête, et pour lequel j’ai une affection particulière pour le combat de son peuple en général, et de ses femmes en particulier.

Depuis la lecture de ce roman, je rêve de ce jour où je pourrai, les cheveux aux vents, partager un borani (aubergines au yaourt) ou un aushat (raviolis afghanes), avec une sœur afghane, en admirant la vallée de Bamiyan!

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