Un miroir au lieu d’un césar

Loubna Abidar n’a pas eu de César. Le beau pied de nez aux haineux séniles n’a pas eu lieu. Nous avons raté un délicieux discours au français tendrement approximatif. Le pays a évité une épidémie cardio-vasculaire. Et moi, j’ai raté un record d’audience et des insultes,  car les polémiques sont les sujets bénis de tout chroniqueur.

Néanmoins, depuis le début de la polémique Much Loved, j’ai fais quelques étonnantes découvertes. Beaucoup de questions sont aussi restées sans réponses. Sans prétention aucune, et en toute subjectivité, je partage le tout avec vous, non pas pour polémiquer, mais pour questionner.

Tout d’abord, quelques étonnantes découvertes.

Le marocain, ce grand amoureux et défenseur de la langue française. Le français, 2ème langue naturelle pour certains, héritage colonial acculturant pour d’autres. Sa maîtrise n’est pas généralisée. 33% des marocains seulement parlent français. Sa pratique n’est pas réellement un fait acquis non plus. La décision, verticalement descendante, d’enseigner les langues scientifiques en français date de 20 jours (depuis le 10 Février 2016). Cette même décision a donné lieu à deux nombreuses polémiques, dont une remontrance virulente et légendaire du chef de gouvernement au parlement, reprochant à son ministre de l’enseignement d’avoir osé envisager une telle solution. Par ailleurs, les coquilles françaises sont plutôt légion dans notre beau pays, vous n’avez qu’à prendre le menu d’un restaurant au hasard. Bien que, vous conviendrez avec moi que coquille est un doux euphémisme, parce que certaines sont plutôt des bunkers. Et pourtant, faites une faute (devant un public étranger) dans votre 2ème ou 3ème langue (étrangère et minoritaire), et vous aurez droit à un vigoureux lever de bouclier.

 Le marocain, ce grand défenseur de l’honneur de la femme marocaine. Je vous avoue que pour ma part, ce fut la découverte la plus bouleversante. Mon pays est densément peuplé de vaillants chevaliers, prêts à brandir leur verve devant quiconque attentant à mon honneur. Il se trouve même qu’il existe une association qui est entièrement dédiée à ma défense. Et pourtant, comment se fasse t-il, qu’en 35 ans de marche casablancaise et de son corollaire « manchoufouch », je n’ai jamais croisé aucun de ces chevaliers ?

Le marocain, cet enfant siamois.  Il apparait que nous sommes collés à nos géniteurs, qui à leur tour sont collés à leur géniteur, et ainsi de suite. De même, nos enfants seront collés à nous, puis nos petits enfants, puis les enfants de nos petits-enfants … Bref, vous avez compris le tableau. Nous regardons tout en famille, nous faisons tout en famille, tout le temps, même quand nous tapons « sexe » dans le champ de recherche de Google ?!!! Merci donc aux réalisateurs -marocains- de noter que leurs films sont viscéralement destinés à un public familial.

Et puis surtout, quelques questions.

Le paradoxe de l’image. Comment peut-on dans un même commentaire sur Facebook, se dire choqué de la vulgarité d’un film et insulter violemment une personne inconnue, en employant les termes les plus crus ?

La réalité et le réalisme. Nabil Ayouch et Loubna Abidar présentent tous deux le film comme une œuvre engagée, ce qui met légitimement sur le tapis le sujet de la prostitution sur le tapis. Cela dit, pourquoi nous faisons un procès de conformité à la réalité, à toute œuvre artistique marocaine sortant un petit chouia du cadre lisse et poli auquel la RTM nous a habitués ?

La prostitution. Tout le monde est à peu près d’accord qu’elle existe, au Maroc, et ailleurs. Tout le monde est encore plus d’accord que la prostitution ne devrait pas exister. Ni au Maroc, ni ailleurs. Enfin, tout le monde à part peut-être les consommateurs … mais bon, une voix silencieuse et secrète ne peut-être entendue … Donc, je disais, puisque nous sommes unanimement d’accord que la prostitution ne devrait pas exister, pourquoi est-ce que la question qui nous anime passionnément est « doit-on en parler ? » et non pas « comment y mettre fin ? » ?!.

Le dialogue social. Pourquoi nous transformons tout débat, et donc opportunité de dialogue social en guerre de tranchées ?

Et pour conclure, un exemple venu tout droit de nos amis, premiers de la classe, suédois. La Suède considère la prostitution comme une violence faite au fait. Partant de ce postulat, ce ne sont pas les prostituées qui sont incriminées … mais les clients. Après tout, une offre n’émerge que si un marché existe !

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