Souvenirs de hammam turc et de tahmima marocaine

Chaque destination a son lot d’expériences incontournables. Lors de mon voyage à Istanbul, j’ai bien évidemment expérimenté le hammam turc. En touriste culturellement disciplinée, j’ai choisi un bain historique; construit au XVIème siècle; au cadre somptueux et avec une tayaba 2.0 (gommeuse du hammam).

Après avoir rempli un questionnaire à l’accueil, mis – ô sacrilège – mon maillot de bain, je me suis dirigée vers l’antre du hammam où une tayaba tablette en main, mon prénom déjà mémorisé, informée sur mes éventuelles allergies ou maladies, m’accueillit avec un grand sourire et une sandalette à ma pointure.

Mais si le hammam est turc, le gommage est incontestablement marocain ! Selon l’échelle de frottage de la tahmhima marocaine, le gant avec lequel elle entreprit la chasse de mes cellules mortes aurait tout juste servi à étaler une pommade adoucissante. J’ai pourtant essayé de lui faire comprendre qu’elle devait se méfiait des apparences, que je n’étais pas ce fragile œuf blanc qu’elle supposait, mais une cuirasse aguerrie au kiss (gant noir de gommage).

Je voulais lui dire que j’étais la petite fille de Aicha F, alias Khiti, qui a battu le record de 10 heures suivies au hammam. Véridique, elle y est restée de 8h00 à 18h ! Je voulais lui dire que j’avais échappé au frottage à la pierre ponce des coudes et genoux, grande spécialité de ma grand-mère, mais pas aux gommages vigoureux de ma mère. Ma peau a toujours en mémoire de nombreuses irritations et rougeurs, la vitalité et détermination de ma mère en termes de frottage ayant toujours été maximales.

Je voulais lui raconter mes souvenirs d’enfant martyr du hammam. Quand ma peau devenait rouge et douloureuse et que j’essayais d’écourter la séance de gommage, ma mère me disait toujours que si je gardais la saleté, les petits filets de peau allaient me tirer et m’entrainer très loin, jusqu’à l’oued. N’ayant aucune envie d’errer sans famille comme Rémi, je serrais les dents, supportais la douleur piquante de ma peau, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul petit filet de peau morte, et acceptais les rougeurs et irritations qui s’en suivaient comme prix de la propreté et du foyer familial.

Je voulais lui raconter tant de choses encore, tant de scènes de hammam marocain, pour lui faire comprendre que j’étais une habituée du gommage, et qu’elle pouvait me manipuler avec plus de vitalité. Mais la langue turque me faisant défaut, je me contentai d’un « you can go on » accompagné d’un geste énergétique de la main. Elle redoubla de délicatesse. Dépitée, j’ai essayé « i am from Morocco ». Elle n’a pas fait l’association « marocaine = frotter comme une malade ». Déterminée à avoir mon gommage niveau sensation maso-forte, j’ai tenté un ultime « i am from Fez ». Elle me répondit quelque chose en turc avec une telle délicatesse dans les yeux et les gestes, que je n’aurai jamais pensé entrapercevoir dans les murs d’un hammam. J’ai alors capitulé devant sa tendresse et me suis laissé envelopper entièrement de cette vapeur de douceur, le top étant le savonnage dans un nuage de mousse.

6 commentaires

  1. Le hammam, une belle institution… Moi le hammam me rappel les glissades aun savon sur le sol et les oranges hmmm que je mangeais après deux heures dans l’eau froide 😂😂😂 genre pour qu’elles restent fraîches 😄

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