Hbibi Moulay Thami

La semaine dernière, j’avais l’intention de remplir ce blog de youyous pour les 04 ans de La Patate Pensante, mais le cycle de la vie en a décidé autrement. Un être cher a tiré sa révérence. Mon oncle. Hbibi Moulay Thami. Ne pars pas lecteur, je te promets qu’il n’y aura ni pathos ni mélodrame.

Hbibi Moulay Thami. Toutu (à prononcer en arabe) pour les intimes. Que puis-je mettre dans sa nécrologie ?  Aucun diplôme à signaler. Il n’a jamais fréquenté les bancs de nos écoles. Il n’a jamais travaillé. Il ne s’est jamais marié et n’a pas laissé de descendance. Il faisait partie de ces êtres en marge de nos institutions sociales. Ces êtres « pas comme nous ».

Certains diront qu’il avait une déficience ou un retard mental. D’autres diront qu’il était malade, raccourci pudique pour malade mental. Les plus trashs diront qu’il était fou. Je n’ai jamais su quel terme utiliser pour le définir, si ce n’est que c’est Hbibi Moulay Thami.

Halte lecteur. Je vois ton esprit s’égarer sur de fausses pistes. Oublie l’être ayant des difficultés à communiquer, trop plongé dans son monde ; ou celui croisé dans la rue, tenant des propos décousus. Rien de tout cela. Hbibi Moulay Thami, c’est l’esprit d’un enfant incapable de se concentrer dans un corps d’adulte corpulent. Il avait du charisme, de l’humour, de la répartie, une gestuelle bien à lui, et ses phrases cultes. Il avait une mémoire exceptionnelle, et avait bien compris que nul n’était aussi bien servi que par lui-même. Aussitôt qu’il s’asseyait dans la table de ses hôtes, il s’écriait « Marhbabiya 3andkoum » (je suis le bienvenu chez vous).

Hbibi Moulay Thami, c’était aussi la source d’information la plus fiable et la plus puissante que j’ai connue. Sans déformation, ni omission, il racontait haut et fort, et avec forte répétition, tout ce qu’il avait vu, sans discrimination ni ciblage d’auditoire. C’est ainsi que ce lointain cousin a vu sa virée chez les péripatéticiennes casaouis dévoilée auprès de toute la grande famille, dans son spectre le plus étendu.

Le malheureux étalon, en vacances à Casa chez ma grand-mère, avait prétexté une ballade entre cousins pour aller dans un bordel, se croyant protégé par un « que ca reste entre nous Moulay Thami ». Si mon oncle a pu faire preuve de retenue en s’abstenant de toute relation tarifée, il n’en a pas été de même de sa langue. Non seulement il a raconté l’expédition à tout le monde, mais à peine le père du cousin est rentré qu’il l’a accueilli avec un « tu dois t’occuper de ton fils. Il a des problèmes dans sa tête, il va chez les putes ».

Il y a eu aussi ce neveu, qui a profité de l’absence de sa compagne de l’époque pour labourer d’autres terres, en la présence de radio Moulay Thami dans sa demeure. Mais qu’as-tu fait imprudent don juan ?! On sait que les fugaces amants ont pris leur douche séparément, que la donzelle est ressortie de la salle de bain avec la grande serviette aux rayures bleus marines, et que l’officielle a plié bagage le lendemain de son retour de voyage.

Les anecdotes rigolotes de Toutu, je peux vous en égrener des tonnes encore.  Je pourrais vous parler aussi de ses nombreuses et officieuses demandes en mariage, avec un sdaq (dot) de 05 centimes non négociable. Hbibi Moulay Thami, c’était un peu notre mascotte au rire facile, toujours là, égale à lui-même, qui ne change pas. On a finit par le croire éternel, hors du temps … jusqu’à ce que sa mort nous ait rappelé que tout comme nous, lui non plus n’échappait pas au cycle de la vie.

La pudeur, l’amour et la tendresse me font jeter un rideau opaque sur ses ombres et la difficulté de grandir et d’élever un être qui ne sera jamais autonome, à fortiori dans un pays sans aucune structure d’aide sociale.

Plusieurs me disaient, naïvement, qu’il était chanceux car dénué de toute responsabilité sur terre avec en prime une place garantie au paradis. Moi qui ai côtoyé de près ses moins et profité de ses +, je ne saurai dire s’il était chanceux. En revanche, je sais que ma vie aurait eu un nuancier fade sans l’unique et le si attachant, Hbibi Moulay Thami.

Repose en paix Hbibi.

18 commentaires

  1. Parmi tous les membres de ta famille, il faisait partie de ceux dont tu parlais le plus souvent et toujours avec un beau sourire sur le visage. Même après sa mort, on sent qu’il te fait encore sourire…La preuve que c’était une belle âme ! Allah yrahmou

    J'aime

    1. Je n’y avais jamais fait attention! Merci pour ta belle « remarque » ma kenzouille. Oui c’était un comique, et c’est surtout ca que je garde en mémoire 🙂 Paix à son âme. Gros bisous.

      J'aime

  2. Bel hommage à hbibek thami l’ange, j’aurais aimé le rencontrer… Tu sais qu’en te lisant, son image s’est dessinée dans mon esprit, comme si je le connaissais. Merci Ghisou. Mes sincères condoléances, allah ywalih brehmtou.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s